Reprise par temps de crise
Le ménagement est un management durable

Jeudi 7 Mai 2020

Avec la crise sanitaire et économique qui opère, anéantissant quelques-uns de nos vœux pour l’année 2020, l’épuisement professionnel, cette réalité croissante depuis quatre décennies, guette à tous les étages :

surexposition quotidienne des soignants au danger de mort, anxiété des patrons dont l’activité s’écroule, surmenage des parents improvisés enseignants d’enfants surexcités.

Les salariés non contraints au chômage, multiplient les visioconférences et les calls « maison » dans une impréparation qui a favorisé une organisation pathogène du travail dans de nombreuses situations.

Les risques psychosociaux n’ont pas disparu du fait du confinement, c’est même tout le contraire.

Une fois « déconfinés », la tentation de rattraper le temps perdu et de mettre les bouchées doubles pour sauver son poste, son entreprise, les salariés, est à prévoir. Le risque de choc post-traumatique aussi. Nous venons d’éprouver notre intériorité dans un espace contraint, avec une temporalité déstructurée, isolés les uns des autres jusque dans la mort.

Si l’entreprise est en état d’urgence, les individus, bouleversés, ont besoin de temps. Leur demander des efforts supplémentaires, sans tenir compte de cette réalité biologique-là, serait faire de la santé de chacun la variable d’ajustement d’un système dégradé.

Au-delà de la mise en place des mesures pour limiter les risques économiques, le dirigeant doit pouvoir repenser les relations dans l’entreprise à l’aune de ces vulnérabilités, sous peine de stratégies de rebond déraisonnables et d’impératifs de croissance mortifères.

Agir de manière à ne pas brusquer d’avantage, traiter avec égard, veiller avant de surveiller, ne répond pas seulement à un nouvel impératif moral promu par l’éthique du « care » au centre de la réflexion mondiale depuis deux mois; mais plus que jamais, à un impératif d’efficacité.

Ménager les collaborateurs : le geste-barrière managérial pour se prémunir du risque de burn-out de la reprise.

Pour rendre la vie plus aisée aux collaborateurs, il faudra toutefois se garder des solutions cosmétiques et périphériques. La reconnaissance, le respect et la douceur sont les manières authentiques d’approcher ceux qui souffrent.

Les chefs d’entreprise, les managers ouvriraient un espace avec les collaborateurs pour se retrouver, générer de l’entraide, raconter leurs histoires singulières de confinement, leurs difficultés ou leurs angoisses, leurs espérances. Un espace pour tenter de comprendre ce qui vient d’arriver, débattre du sens et des priorités de leur travail, de ce qui est réellement créateur de valeur et de ce qui est accessoire, avant de fixer des objectifs.

Ils pourraient offrir aux salariés, confrontés à l’incertitude, à la solitude mais aussi à une certaine liberté depuis quelques semaines, un assouplissement des horaires et l’ouverture de temps propices au calme et à se connecter au moment présent.

Des « oasis de décélération », selon l’expression du sociologue Hartmut Rosa, que nous ferions émerger pour nous préserver.